- Streat Veur -
Le soleil décline doucement à l'horizon pour se coucher derrière un des camions. Il flotte dans l'air une odeur de beu, de bière et de whisky ; dans l'entrée sont abandonnées quelques paires de rangers aux lacets rouges. Les chiens vaquent à leurs occupations : Jolof dort mollement dans un des derniers rayons de soleil, Sultane joue avec un quelconque bâton, et Zek imite l'un des deux aînés.
Les derniers rires des punks résonnent entre les murs de cette maison emplie de joie et de fête, cette maison dont les portes sont ouvertes à tous ceux qui se sont parfois égarés, comme Laura et moi. Une main bienveillante caresse doucement ma peau comme le vent dans leurs cheveux décolorés. Quand on regarde le ciel et entre leurs voix et leurs rires qui bientôt s'en iront pour les pays de l'est on sait que rien ne peut arriver içi.
Qu'il est dur de construire une relation en sachant qu'elle finira par avorter, trop tôt. Alors on mange le corps de l'autre comme si plus jamais on ne se reverrait. Dans deux ans. Faire l'amour la fenêtre ouverte sur la campagne, retenir son souffle entre deux morceaux de Queen. Le jour vient toujours trop tôt chez eux, les affiches de leur salon font sourire. Les chiens attendent l'oreille tendue qu'il soit l'heure du café. On voit les arbres par toutes les fenêtres, et déjà, la gorge serrée, le souffle court, on sent leur odeur s'envoler et leur coeur s'éloigner petit à petit. On se dit qu'on est encore trop tard, que la vie ne nous a pas amené au bon endroit ; pas assez tôt.
Le dimanche matin sur un parking de Brest, tous les camions sont ouverts, le soleil nous baigne de douceur et les chiens vaquent toujours à leurs occupations, on se sent vivre enfin. De la techno résonne dans tout le parking, une bière à 10 heures du matin. Rien n'a d'importance pour eux, rien n'est jamais grave, eux seuls savent ainsi se laisser vivre en faisant de chaque seconde un concentré de douceur. La musique est toujours trop forte chez eux, mais c'est parcequ'ils voudraient assurément que chacun puisse l'entendre et ressentir cette vague de plaisir.
Ils partiront toujours trop tôt, mais nous aurons eu la chance d'entrer dans leurs vies, de partager cette vision merveilleuse et désintéressée du temps qui passe. Nous aurons été punks pendant quelques semaines.
"The show must go on
The show must go on - yeah
Ooh inside my heart is breaking
My make-up may be flaking
But my smile still stays on
Yeah oh oh oh
My soul is painted like the wings of butterflies
Fairy tales of yesterday will grow but never die
I can fly - my friends"
<3